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Une composition sur la "guerre de trente ans" (1914-1945) et le rôle du totalitarisme

Par Muriel NAUDIN

Les régimes totalitaires, un pont entre la violence de la Première Guerre mondiale et la politique d’anéantissement de la Seconde.

Le texte qui suit est le fruit d’une réflexion sur les thématiques de la guerre et des totalitarismes du nouveau programme de Première. L’intitulé du sujet de réflexion n’est pas forcément du niveau de l’épreuve de bac. Il a malgré tout été décidé de le poser aux élèves pour apprécier leur niveau de réflexion et leur capacité à se confronter à la difficulté. Le résultat a été très positif.

Le XXe siècle débute réellement en 1914 avec le premier conflit à l’échelle planétaire. A partir de là, l’enchainement de la violence est permanent et justifie son appellation de « siècle des guerres ». Dans ce contexte, l’apparition des régimes totalitaires prend tout son sens. Les bouleversements politiques et économiques causés par la première guerre mondiale plongent l’Europe dans un désordre propice au développement de régimes fondés sur la violence. Eux-mêmes vont être à l’origine d’un nouveau conflit ou l’affrontement idéologique n’a plus de limites. Nous allons montrer d’abord que les régimes totalitaires prennent leurs racines dans le premier conflit mondial, puis qu’ils fondent leur légitimité sur l’usage de la violence et enfin qu’ils poussent celle-ci à son paroxysme durant la seconde guerre mondiale.

La première guerre mondiale a été un bouleversement profond qui a marqué durablement le siècle. Les pratiques de la guerre changent totalement : les soldats vivent dans un environnement de stress tellement fort qu’ils perdent rapidement tous repères moraux et sociaux. La guerre totale renforce le poids de la société sur les individus (mobilisation des civils pour l’effort de guerre, intervention de l’état dans l’économique et le social). A la fin du conflit, les anciens combattants vont reproduire cette ambiance d’hyper-violence dans les rapports sociaux d’après-guerre. Le rôle économique des Etats (interventionnisme) reste fort mais en même temps les crises économiques révèlent leur fragilité. Les conséquences de cette guerre sont aussi un élément d’instabilité et de frustrations. Les Allemands sont considérés comme les responsables de la guerre et se voient imposer des conditions très dures. La population dans son ensemble refuse ce « Diktat » qui devient un enjeu de la vie politique. Les Italiens, pourtant vainqueurs sont mortifiés de ne pas récupérer les « terres irrédentes ». Cette « paix des vainqueurs » conjuguée avec les difficultés économiques de l’après-guerre contribue au développement des partis politiques extrêmes. La guerre a aussi été fatale au régime tsariste en Russie ; après quelques mois de régime plus ou moins libéral, les bolchéviques prennent le pouvoir en octobre1917. Face à la guerre civile, Lénine met en place rapidement un régime autoritaire qui préfigure le totalitarisme de Staline. La peur du bolchévisme va aussi renforcer les partis politiques d’extrême-droite dans toute l’Europe et en faire une alternative crédible pour une bourgeoisie aux abois. Ainsi en 1922, Mussolini est appelé au pouvoir par le roi Victor-Emmanuel face aux grèves massives qui paralysent les industries du Nord et les grands domaines agricoles du Sud. Après la mort de Lénine en 1924, Staline s’empare du pouvoir après une sévère lutte pour le pouvoir et va pouvoir réellement imposer l’idéologie communiste. Enfin, en 1933, Hitler va former un gouvernement de coalition avec l’appui des Konzern de la Ruhr.

Ces nouveaux régimes sont idéologiquement et structurellement imprégnés par la violence. Leur idéologie est d’abord celle de la rupture. Ils s’opposent à la démocratie libérale, à « l’ancien monde » et veulent une révolution qui fasse table rase du passé. Ils mettent en exergue une classe sociale (les ouvriers), une race (les aryens), une nation (l’Italie) qui excluent les autres et souvent souhaitent leur disparition. La volonté de contrôle total de la société passe par un contrôle policier de la population. Les libertés publiques et les droits de l’homme sont supprimés dès la prise du pouvoir. Des polices politiques sont mises en place : l’OVRA en Italie, la Gestapo en Allemagne, le NKVD en URSS. Les opposants sont arrêtés et envoyés dans des camps de concentration (îles Lipari en Italie, Konzentrazionlager en Allemagne, Goulag en URSS). Ces camps sont aussi des camps de travail qui permettent de disposer d’une main d’œuvre quasiment servile. Pour la renouveler et maintenir la terreur au sein de la population, les arrestations deviennent souvent arbitraires et permanentes. Le projet politique de ces régimes est aussi souvent expansionniste. Mussolini se veut l’héritier des Césars de l’empire romain et veut faire de la Méditerranée une nouvelle « mare nostrum ». Il va dès 1935 envahir l’Ethiopie première étape de la constitution du futur empire et revanche sur les empires coloniaux occidentaux. En Allemagne, Hitler développe le concept d’espace vital et réactualise le vieux projet de « drang nach Osten ». Dès 1936, le plan de 4 ans doit permettre l’autarcie économique de l’Allemagne et préparer le pays à la guerre. Par la menace permanente, Hitler va paradoxalement agrandir l’espace vital allemand (Anschluss, Sudètes, Bohème) sans utiliser la force. Si Staline a une politique extérieure conciliante avec ses voisins et avec les démocraties occidentales, son objectif à long terme est clairement révolutionnaire et violent. La collectivisation des terres (1928-1930) doit permettre la création d’une industrie lourde pour mettre sur pied une armée forte. Il se prépare très tôt à la guerre.

Celle-ci débute en 1940 et va se caractériser par une exacerbation de la violence jusque là inconnue. Il faut d’abord signaler que la volonté d’anéantissement n’est pas l’apanage des régimes totalitaires. Les démocraties vont aussi mettre en place des stratégies qui refusent de considérer l’ennemi. Le refus absolu de la moindre négociation pendant la guerre, la capitulation sans condition a pu contribuer à la fuite en avant du régime hitlérien. La politique de bombardement de terreur mise en place par les Alliés à partir de 1942 est clairement tournée contre les populations civiles. Malgré tout, ce sont les régimes totalitaires qui se distinguent dans l’horreur. L’Armée rouge massacre des millions d’Allemands (environ 3 millions) lors de sa reconquête de l’Europe de l’est. L’invasion de l’Allemagne et la prise de Berlin sont l’occasion des premiers viols de masse (déclaration du poète russe Ilya Ehrenbourg : « il faut les tuer jusque dans le ventre de leurs mères »). En parallèle, lors de l’invasion de l’URSS en 1941, des Einsatzgruppen vont éliminer systématiquement les Juifs mais aussi les cadres du parti communiste ; il s’agit de détruire la structure de la société russe pour transformer les untermensch en esclaves dociles. L’extermination des Juifs et des Tziganes est évidemment le point d’orgue de cette volonté d’anéantissement. L’exclusion des Juifs par le régime nazi ne débute pas avec la guerre. Dès 1935, les lois de Nuremberg excluent les Juifs de la vie sociale et économique ; la Nuit de cristal en 1938 fait monter la violence ; en 1940, le port de l’étoile jaune est imposé. Mais toutes ces mesures visent avant tout à pousser les Juifs à fuir l’Allemagne, l’extermination n’est pas encore à l’ordre du jour. La guerre va changer la donne. En 1941, l’invasion de l’URSS met face à face deux idéologies irréductibles, la lutte sans merci contre l’ennemi communiste se confond avec l’extermination des Juifs vus comme leurs complices (Einsatzgruppen). L’intransigeance des Etats-Unis qui viennent d’entrer en guerre poussent les nazis à mettre en place une politique secrète d’extermination ; l’approche de la défaite a aussi accéléré le processus. Ainsi à coté des camps de concentration apparaissent des « centres de mise à mort » qui vont faire disparaître plus de 5 millions de personnes. On arrive au bout d’une logique qui prend ses racines plus de 30 ans avant dans la violence des tranchées.

De 1914 à 1945, l’Europe est donc à feu et à sang. Les niveaux de violence jamais atteints jusqu’alors sont tels qu’un historien, Eric Hobsbawm, qualifie le XXème siècle « d’âge des extrêmes » (1994). Mais si la victoire des Alliés met un terme à la violence des régimes fasciste et nazi, il faut attendre 1989 pour voir disparaître le communisme. Bien plus qu’une simple rupture chronologique, 1989 constitue un seuil qui achève une époque et en ouvre une nouvelle.

Muriel NAUDIN, Patrick SEGRESTAN, Lycée Français de Tananarive

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